Le sous_marin Prairial à l'exercice préparant une torpille.
Le sous_marin Prairial à l'exercice préparant une torpille.

Juin 1980, le temps est superbe, la mer est calme. Enfin nous allons plonger sur l'épave d'un sous-marin au large du Havre. Depuis déjà longtemps nous en rêvions car nous avions entendu les pécheur parler du sous- marin français du Havre. Cette fois Jacques HATTE avait les coordonnées et c'est avec impatience que toute l'équipe embarquait sur le Jean BART. Durant le trajet, les imaginations allaient bon train. " nous y sommes ", annonce Jacques, nous nous précipitons devant le sondeur, l'épave est bien là ! Quel bel instrument que le Toran (1). Le temps de mouiller et la première palanquée est à l'eau.

La descente est rapide, la visibilité est de 3 mètres environ. La Masse sombre de l'épave surgit brutalement, entourée d'un véritable nuage de godes et de lieus.

Le sous-marin est incliné sur tribord, à demi enfoui dans le sable, sa coque est entière et est totalement tapissée d'anémones rouges et blanches, elle est superbe. Si le pont supérieur a disparu, le kiosque est intact, mais malheureusement rempli de vase fine et il est impossible d'y pénétrer. L'arrière est abimé, mais les hélices sont intactes (2) et à quelques mètres sur le sable gît une vieille grenade sous-marine. Que s'était-il passé? 

Depuis 19l5, la guerre sous-marine était intense dans la manche et en particulier dans l'estuaire de la Seine.

 

Les sous-marins allemands ont montré leur redoutable efficacité en torpillant

de nombreux bateaux et en mouillant des mines, qui seront très efficaces, jusque dans la rade du Havre. Un certain nombre d'entre eux.

on d'ailleurs été détruits ou capturés (comme les U.B.19  U.B.37, U.B.18, U.B.46, U.B.39, U.B.26 devenu le Roland Morillot).

L'activité des sous-marins français basés au Havre depuis 1915 ne fut pour sa part, pas couronnée de succès et les patrouilles se sont succédées sans résultat. C'est ainsi que les équipages les considéraient comme sans gros danger et la routine, s'était installée.

 

Une tragédie endeuillera cependant l'escadre de la manche:

Dans la nuit du 29 avril 1918 à 2 h 35, le sous-marin PRAIRIAL sortit de la rade du Havre pour y effectuer une plongée de 15 heures dans une zone dont les limites ont été communiquées à tous les bâtiments en mer et aux convois anglais. Son équipage était sous les ordres du lieutenant de vaisseau LE MOUILLEC et comprenait 26 hommes. Une heure plus tard, il franchissait la passe du Grand Barrage en compagnie de son escorteur, le "Chasseur II" (Commandant premier maître RIOU).Ils font route au N.E. à la vitesse de 9 noeuds. Le vent est fort et des lames de plus de 2 mètres balaient le pont du sous-marin. Déjà plusieurs feux verts étaient en vue, il s’agissait d'un important convoi qui naviguait à grande vitesse au S.E. vers la passe du Barrage, à 3 h 25, apparaissaient les feux d'un transport anglais, Le Tropic venant de Spitlead et convoyé par deux destroyers. De l'escorteur, on pense que l'anglais va passer entre le Prairial et le "Chasseur II", ce dernier lance 2 coups de sifflets pour mettre en garde. Le Prairial dans la houle parait très proche de l'anglais. Le "Chasseur II" manoeuvre aussitôt pour se rapprocher du sous-marin qui semble faire route au S.E. et commence à signaler en Scott (avec un projecteur) “ Nous venons de - ” brutalement toutes les  lumières du sous-marin s'éteignent et le message n'est pas achevé. Sur le "Chasseur II", qui est alors à environ 10 mètres du Prairial, on entend crier “ Au secours ! ”. Il est alors 4 h 00 du matin, le sous-marin a été éperonné par tribord avant, à moins de 5 mètres de l'étrave. Le Premier Lieutenant du Tropic a la présence d'esprit de lancer des amarres et des échelles sur le pont du sous-marin, mais elles sont emportées par les vagues. Les ballasts tribord du Prairial sont crevés et l'eau s'engouffre. L'officier en second tente vainement de mettre en route les pompes d'apaisement mais le sous-marin s'enfonce déjà. Le Commandant resté à son poste dans la baignoire crie à ses hommes " Prenez vos bouées ! - Sauvez-vous ! ".

Deux hommes apparaîtront encore par le kiosque et seront emportés par les vagues. Brusquement le sous- marin pique du nez et coule avec son Commandant resté à la passerelle.

Le "Chasseur II sauvera 7 hommes, il y aura 19 disparus.

Que s'est-il passé ? Un des rescapés déclarera qu'il ne semblait pas y avoir d'homme de veille sur le bossoir du transport anglais...

Le 1er mai l'épave est repérée à cause du mazout qui s'en échappe. Le 2 mai, un scaphandrier de Cherbourg descendait sur l'épave. Le Prairial reposait droit sur le fond et ne paraissait que peu endommagé. Le scaphandrier eut une forte émotion en découvrant le cadavre d'un marin cramponné à l'échelle du kiosque. Les malheurs du sous-marin n'étaient pas encore terminés.

Le 15 mai, l'épave signalée par une bouée, fut bombardée par un dirigeable qui confondit la bouée avec le sillage d'un sous-marin. Des patrouilleurs qui se trouvaient à proximité lancèrent des grenades avant de reconnaître la bouée.

Un scaphandrier descendit de nouveau sur l'épave et constata que l'arrière du Prairial avait été endommagé par les grenades et que le sous-marin était couché à 45° sur tribord et toute tentative de renfloue devait être abandonnée.

Le rapport officiel conclu avec sécheresse : “ L'épave ne présente plus qu'un intérêt d'ordre moral ".

 

CARACTERISTIQUES DU PRAIRIAL Q-55 :

 

Construit en 1908 à Cherbourg, il mesurait 52,20 m de long sur 4,97 m de large. Son tirant d'eau était de 3,04 m. La particularité la plus intéressante de ce sous-marin était d'être propulsé en surface par 2 machines à vapeur de 350 ch. Sa vitesse en surface était de 12,5 noeuds et de 8 noeuds en plongée. Distance franchissable 900 nautiques à 12 noeuds. L'armement comportait 7 lance-torpilles et l'équipage comportait 24 hommes.

 

Texte : Jérôme Seyer, premier MF 1 du CSR, première parution de ce texte en 1984 dans Narcose 1, revue papier (et oui à l'époque il n'y avait pas internet !...)que l'on éditait annuellement.

 

(1)Pour info le Toran était un système de positionnement utilisant des stations émettrices à terre permettant la radiolocalisation  hyperbolique d'une précision métrique, grande avancée à l'époque pour trouver les épaves de bateaux. Abandonné depuis, c'est un système antérieur au système GPS qui utilise une radiolocalisation générée par une constellation de satellites et d'une précision inférieure au mètre, voire centimétrique lorsqu'elle est utilisée conjointement avec une station de correction différentielle.

 

(2) Depuis, dans le cadre d'une plongée d'exercice, les hélices ont été démontées par les plongeurs-démineurs de Cherbourg et y reposent à l'arsenal qui a vu naître le Prairial. A ce sujet, se reporter à l'article n° 8 dans le volet "Articles, épaves du Havre, 1997".

Ci-dessus quelques cartes postales d'époque traitant des sous-marins de type "Pluviôse" :

Carte n° 1 : 2 sous-marins de ce type en premier plan et en 3ème place un sous-marin de type Nivôse.

Carte n° 2 : un sous-marin par gros temps, pas évident à voir au-dessus des flots...

Carte n° 3 : un Pluviôse en immersion périscopique.

carte n° 4 et 5 : une série au destin tragique puisque le Vendémiaire coulé au large de Cherbourg et le Pluviôse au large de Calais feront leurs lots de victimes parmi les équipages.

Visite du Prairial : La coque fine du submersible a quasiment disparue. Seule, l'étrave conserve un morceau de tôles rivetées,  après apparaît le cylindre de la coque dure (photos 1 & 2), puis le kiosque (photos 3 & 4), le local à batteries (photos 5 & 6) éventré par le bombardement et enfin quelques apparaux de ponts reposant sur le fond (photo 7). Photos J. Lelay, éclairagiste F. Wender.

Le chasseur II qui accompagnait le Prairial et le cargo anglais, nommé Tropic, qui l'a abordé... Enfin une vision de la lutte anti-sous-marine par l'utilisation des dirigeables militaires et leur dynamitage par des charges de fond envoyées par un destroyer.