PLONGEE SUR LA COTE D’ALBATRE :

 

Suite au « Grand Bleu » en 1988 qui a fait beaucoup pour l’essor de la plongée loisir et le nombre de pratiquants qui en a résulté, nombreux sont les plongeurs qui ignorent ou n’imaginent même pas que l’on puisse s’immerger dans la Manche, plus précisément au large de la Seine-Maritime, en Haute-Normandie.

 

Et pourtant, mon club de plongée, le Club Subaquatique Rouennais vient de fêter ses 35 ans d’existence. C’est vous dire si nous sommes fiers de tout ce chemin accompli ensemble et du nombre de plongeurs à s’être formé dans notre association et à y pratiquer une activité régulière. Pour cela, nous nous entrainons en piscine à Rouen où nous possédons un bassin de nage de 25 mètres de long et une fosse de 5 mètres de profondeur. Les sorties en mer s'effectuent à bord de notre barge de plongée d’une capacité de 23 plongeurs basée dans le port de Dieppe, sur la Côte d'Albâtre. Une partie de ces sorties, principalement consacrées aux plongées d'exploration, servent à la formation "in situ" de nos élèves niveau 2 et 3. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls : présents avec une quarantaine de clubs de plongée, les plongeurs hauts-normands n’ont pas à rougir de la pratique de leur activité.

 

Laissez-moi alors vous présenter notre domaine d’évolution subaquatique : La Côte d'Albâtre, côte qui est située sur la partie Est de la Manche. Elle correspond au littoral du Pays de Caux et constitue la quasi-totalité de celui de la Seine-Maritime.

Ceux et celles qui la fréquentent régulièrement savent que leur littoral est très accueillant. Ils y pratiquent la plongée sous-marine essentiellement sur des épaves de bateaux aux destins plus ou moins tragiques qui leur fournissent des décors divers, une faune et une flore riches en variété.

 

Ces épaves, de par leur nature et leur diversité, méritent autant d’intérêt que leurs voisines de la Baie de Seine, immergées à jamais dans un des plus grands cimetières d’épaves de la planète : celui du débarquement de Normandie opéré par les alliés lors du 6 juin 1944. Car la Côte d'Albâtre, témoin depuis des siècles du trafic maritime entre le monde et les grands ports maritimes de Dieppe, Le Havre, Rouen et les ports de pêche du Tréport, de Saint Valéry-en-Caux, Fécamp ne contient pas que les quelques rares épaves du débarquement anglo-canadien de Dieppe du 19 août 1942 ; elle nous offre aussi un panel  d’épaves riche et varié.

 

Ces fortunes de mer (*) sont constituées de tous les abordages, échouages et incendies que des navires sans équipement moderne n’ont pu affronter avant l’ère du radar et du GPS et de tous les canonnages, torpillages, minages et bombardements subis par d’autres bâtiments, de commerce ou de pêche, civils ou militaires, de surface ou sous-marins, lors des deux dernières guerres mondiales. Quelques épaves modernes existent telles les chalutiers victimes de croches de leur chalut au fond, ceux coulés au titre du plan Mellick dans les années 1990 et quelques autres navires victimes d’avaries sous-estimées au regard de leur gravité.

 

(*) Ethymologie : De fortune, dans le sens d'aléa et de mer. Risques et périls subis en mer, soit l'ensemble des événements survenant au cours d'un voyage en mer et dû à des circonstances liées à l'état de la mer et du vent ou accessoirement à l'état de guerre ou de piraterie.

 

Bien sûr, ces épaves constituent des récifs artificiels et la faune et la flore sont au rendez-vous : moules, coquilles saint jacques, amandes de mer, huitres pieds de cheval, bulots, seiches, lançons, blennies, maquereaux, tacauds, bars, lieus, morues, rougets, saint-pierres, dorades, congres, balistes gris, homards, tourteaux, araignées de mer, étrilles, œillets de mer, alcyons blancs, corinactis, etc, avec pour certaines espèces, une présence massive en banc ou un regroupement dans les trous et failles.

 

La plongée en Manche-Est a cette caractéristique : elle permet de rassembler et de mettre d’accord les passionnés d’histoire avec les fans de biologie sous-marine ! Sans épave, pas de faune et par conséquent pas moyen de visiter une épave sans se retrouver nez à nez avec une espèce sous-marine présente... C’est ça la Normandie, p’tete ben qu’oui, p’tete ben qu’non…d’ailleurs, même les ferrailleurs invétérés aiment retrouver les dauphins qui se sont installés au large de Dieppe depuis plusieurs années.

 

En ce qui concerne les épaves, nous nous arrêterons sur quelques noms de nos monuments régulièrement visités : TrainFerry le Daffodil, Cargos Leeuwarden, Coonagh, Granville, Malachite et  Général Metzinger, navires allemands UJ 1433 et Gauss, sous-marin Prairial, navires modernes cargo Braga et Tangonnier tous en bon état de conservation. Des avions existent, il n’en reste malheureusement que peu de vestiges enfouis dans le sable par la force du courant et les chalutages successifs.

 

En ce qui concerne la petite ritournelle des plongeurs horsins (*) au sujet du froid et du noir obscur qui auraient élu domicile dans nos profondeurs, les plongeurs hauts-normands sont les témoins, amusés, d’un mythe : s’il vrai qu’en début d’année les conditions de visibilité et de température s’approchent de celles de la Bretagne – froid en hiver, poussées du plancton au printemps et au milieu de l’été - il en est pas de même question température à partir de la mi-juin. Alors que notre voisine bretonne conserve ses 14 – 16 °de température de surface aidée en cela par l’Océan Atlantique et ses grandes profondeurs ; la Manche-Est, peu profonde et alimentée par ses fleuves dont l’eau dépasse les 20 ° l’été, nous gratifie d’un bouchon d’eau tiède entre Calais et Cherbourg. De juillet à septembre, il est courant d’avoir des températures de 21° en surface et 16 °à 30 mètres. Il est alors possible de plonger en combinaison semi-étanche composée d’une seule épaisseur de néoprêne de 6 ou 7 mm ce qui est très confortable. (* horsin = étranger au pays normand)

 

Ces températures associées à des visibilités avoisinant - voire dépassant - les 20 mètres quand l’épisode planctonique est fini, la plongée devient un vrai régal des sens! Certes, le grand bleu est au sud, mais le vert émeraude est au nord-ouest…D’ailleurs, à ce sujet, nous avons coutume,  « cheu nous », de diviser l’année en trois périodes : la période d’hiver où l’on ne plonge pas ou peu (la météo est souvent défavorable, il fait trop froid hormis les quelques plongées permises en utilisant une combinaison étanche), le printemps ensoleillé où l’on remonte avec une bonne réserve d’air car le froid rémanent de l’eau nous oblige à écourter le temps de plongée et la période de l’été et du milieu de l’automne où l’eau est tiède et où alors c’est la gestion de nos paramètres de plongée qui nous commande de remonter avec, bien souvent, une réserve d’air bien entamée…

 

Alors, à 2 heures de Paris, osez la Haute - Normandie ! c’est rien bien (*)…comme on dit cheu nous à Rouen. (* c’est très bien, en parler rouennais)

Choisissez : scuba diving ou scuba Viking ?

François Wender, Club Subaquatique Rouennais.

 

Pour plonger : Club Subaquatique Rouennais. 76000 Rouen. 06.08.83.29.04

Liste des clubs disponible au :

 

COMITE DEPARTEMENTAL DE LA SEINE MARITIME
76170 ST NICOLAS DE LA TAILLE, Tél. : 02 35 31 81 49
CODEP 76.

Vue d'une de nos épaves : le sous-marin Prairial, coulé en 1916 au large du Havre.

Article parut dans la revue fédérale Subaqua de juillet/août 2013 :

Eaux tièdes de la Manche-Est ? Je le prouve avec les paramètres de plongée de la sortie du 4 août 2013...

Afin de vous prouver que la tièdeur de l'eau de la Manche n'est pas une légende, sur ce profil du mois d'août 2013 vous remarquerez la température affichée au fond et en surface : 18° et 21,5° (moyenne entre 24° et 19°, températures dues à l'inertie de l'appareil) ce qui permet de s'immerger de façon très confortable avec une simple combinaison de plongée monopièce.